« Une médaille qui vaut de l'or » SNOWBOARD / DEBORAH ANTHONIOZ « Une médaille qui vaut de l'or »

De retour de Vancouver où elle a décroché la médaille d'argent en snowboardcross, Déborah Anthonioz était de passage à Paris et nous a rendu visite. La championne des Gets était encore sur son petit nuage et peine à réaliser l'exploit accompli.

Déborah Anthonioz, vous êtes déjà rentrée de Vancouver. N'aviez-vous pas envie de rester jusqu'à la cérémonie de clôture ?
Je suis rentrée mardi dernier. Il était prévu dès le départ que je rentre à cette date car ma sœur se mariait samedi. Ce n'est pas plus mal comme ça, car j'étais pressée de rentrer. Après la course, on est encore resté cinq jours, et je pense avoir fait le tour de ce qu'il y avait à faire là-bas.

Avez-vous eu le temps d'aller voir d'autres épreuves ?
C'est vrai qu'après la médaille, j'ai été prise dans un tourbillon, j'ai eu pas mal de sollicitations. Mais je suis quand même allée voir le Super-G hommes, le skicross, que je ne voulais pas rater car mes potes couraient, du ski de fond, du saut à ski et un match du Canada en hockey.

Et le retour aux Gets (Haute-Savoie), c'était comment ?
C'était énorme ! Quel accueil ! Je ne m'attendais pas du tout à ça. Je savais évidemment qu'on allait fêter ça, mais ils avaient vraiment prévu un gros show. Il tombait des cordes donc je pensais que ça allait refroidir les gens, mais il y avait 6000 personnes. C'était impressionnant et émouvant.

On vous reconnaît dans la rue maintenant ?
Aux Gets, je suis chez moi, donc tout le monde me connait. Je ne peux pas faire cinq mètres dans la rue. Ailleurs, à Paris par exemple, ça arrive aussi qu'on me reconnaisse. Au Canada, aussi, on m'a beaucoup reconnue.

Depuis votre retour, avez-vous eu le temps de réaliser que vous êtes vice-championne olympique ?
Non, pas trop. Depuis ma médaille, je n'ai pas encore vraiment eu le temps de me poser. A Vancouver, on était un peu dans notre bulle, et on ne se rendait pas trop compte. Le fait de rentrer en France m'a permis de réaliser que quelque chose avait changé. Mais je pense que c'est à la fin de la saison, quand je vais avoir le temps de me poser, que je réaliserai vraiment ce qui se passe. Là, je suis encore trop dans le speed.

Vous avez revu votre finale ? Des regrets de ne pas avoir terminé première ?
Oui, j'ai revu la finale, mais je n'ai aucun regret. Je suis super contente, et cette médaille d'argent vaut de l'or. Maelle (ndlr : Ricker, la championne olympique) a été au top, cela fait un moment qu'elle domine. Moi, quand j'arriverai à prendre un bon départ, peut-être que je pourrai espérer mieux… Je ne voulais surtout pas finir quatrième. Et de toute la compétition, à aucun moment je n'ai pensé au résultat. Je voulais juste me faire plaisir. C'est seulement quand je suis remontée en haut pour la finale, sur le siège, que je me suis : « Non, je ne veux vraiment pas finir quatrième ». C'était un boarder technique et difficile, je savais qu'il y aurait des erreurs, et que j'aurais le temps de doubler sur le bas, donc je ne me suis pas inquiétée. D'ailleurs, je suis la seule à ne pas être tombée de toute de la journée. 

« Voir plus de snowboardcross à la télé »

Comment analysez-vous cette réussite du snowboard français, deuxième sport pourvoyeur de médailles derrière le biathlon ?
Je ne pense pas qu'il y ait de recette magique. C'est juste qu'on était beaucoup moins attendu que les skieurs alpins, par exemple. On a sûrement su gérer un peu mieux la pression. Les « alpins » sont tout le temps sous le feu des projecteurs. Nous, ce n'est pas qu'on n'était pas attendus, mais juste que tout le monde s'en foutait.

La médaille de Mathieu Bozzetto a dû vous faire plaisir…
Ah, je suis super contente pour lui ! Il la mérite vraiment car il a galéré pendant longtemps. C'était la seule médaille qui lui manquait. Il termine en beauté. C'est génial, d'autant plus qu'il a arrêté pendant un an, et ce n'est pas facile de se remettre dedans.

Après sa course, il a déclaré « Si Deborah Anthonioz a fait la médaille de la persévérance, moi c'est la médaille de la persévérance multipliée par deux »…
Il a dit ça ? Cela me fait plaisir ! C'est vrai, on a tous les deux persévéré, on a eu des blessures, des galères, même s'il en a eu un peu moins que moi. On y tenait tellement à notre médaille, qu'on a fini par la décrocher.

Si on vous avait dit il y a deux ans,  quand vous étiez dans un fauteuil roulant après votre quadruple fracture du bassin, que vous seriez médaillée à Vancouver, vous y auriez cru ?
Oui, j'y ai toujours cru. Quand j'étais à l'hôpital, le fait d'avoir cet objectif m'a permis de me bouger, de me rééduquer beaucoup plus vite, car si je m'étais laissée aller, j'aurais mis deux fois plus de temps. Tous les matins, je me forçais à me lever, même quand j'en avais marre, quand j'étais crevée, car remarcher, ce n'était pas évident. Je me disais, au bout, il y a la médaille. A aucun moment, je n'y ai plus cru.

La nouvelle médiatisation du snowboard peut-elle aider le développement de ce sport ?
C'est vrai qu'on est rarement médiatisé, donc ça fait bizarre. La médiatisation est une bonne chose pour le snowboard. On a ramené trois médailles, donc j'espère que ça va faire changer les choses. Le boardercross, c'est spectaculaire, ce n'est pas difficile à comprendre, et généralement, ça plait. Donc j'espère qu'on en verra un peu plus à la télé.

« Nouvelle cuisine et vacances à Hawaï »

Quel  est le programme d'ici la fin de saison ?
Il reste deux manches de Coupe du monde. Je pense que cela va être très très difficile de se remettre dans le bain. J'aurais préféré avoir plus de temps, mais on repart déjà en fin de semaine. Donc il faut que je me repose, car je ne veux pas y aller en étant trop fatiguée, sinon je risque de me faire mal.

A-t-on une chance de vous voir à Sotchi en 2014 ?
Non, non, non, c'est sûr que non. J'y serai peut-être, mais pas en tant que concurrente. Je vais terminer cette saison, faire la prochaine, sans doute, et voilà. Sotchi, c'est trop loin. Cela demande trop de sacrifices. En plus, même si je peux faire mieux puisqu'il me reste une marche à gravir, ça demande énormément de travail, et je ne m'en sens plus capable.

Qu'avez-vous fait de votre médaille ?
En ce moment, je la trimballe toute la journée dans mon sac à main. Après, je vais la ranger au placard, et j'irai la regarder quand j'en aurai envie.

Le CNOSF a promis une prime de 20 000 euros à tous les médaillés d'argent. Qu'allez-vous faire de cette somme ?
Je vais combler mon découvert, et après je vais changer de cuisine. Je voudrais aussi me payer de belles vacances à Hawaï. Et garder un peu d'argent aussi pour faire la saison prochaine…

On vous a vu relooker Paul-Henri de le Rue dimanche dans « Stade 2 », à la suite d'un pari. Une reconversion dans la coiffure, c'est possible ?
Je ne suis pas sûre que ce soit vraiment mon truc. Je n'avais jamais fait ça, et ça s'est vu… Je n'avais jamais tenu une tondeuse de ma vie et il avait les cheveux super longs. Mais je ne m'en sors pas si mal. A réfléchir…

Propos recueillis par Aurélie Beaudouin

Infos

Auteur :
Aurelie BEAUDOUIN
Ecrit le :
lundi 01 mars 10 à 13h52

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