M. Ribout : «Ne pas décevoir le public»

Pour la première fois, Morgane Ribout disputera le Tournoi de Paris en tant que championne du monde en titre des moins de 57kg. Attendue par le public mais aussi par ses adversaires, la judokate de 22 and doit apprendre à gérer son nouveau statut.

Morgane Ribout, vous vous révéliez l'an dernier sur ce Tournoi de Paris en battant votre aînée, Barbara Harel, médaillée de bronze des Mondiaux 2008. Un beau souvenir?
C'est un beau souvenir en effet même si j'aurais préféré monter sur la plus haute marche (Ndlr : elle s'était classée deuxième). C'était vraiment un tournant pour moi au niveau de ma carrière puisque ce tournoi m'a propulsée sur les Championnats d'Europe.  

Votre titre mondial a-t-il transformé votre vie ?
C'est une question qu'on me pose souvent. Sur le plan financier, c'est vrai que c'est plus facile pour moi. Après, au niveau de l'entraînement, de ma vie de tous les jours, je ne vois pas vraiment la différence. Et tant mieux, il ne faut pas que ça change !  

Et votre statut en équipe de France, a-t-il évolué ?
On m'écoute plus en tant que championne du monde qu'en tant que petite jeunette du groupe. Après, j'étais déjà en équipe de France quand j'étais la doublure de Barbara Harel donc on se connait depuis un petit moment avec les autres filles. Je reste quand même toujours la petite dernière du groupe. Et à l'entrainement, rien n'a changé. Il faut toujours travailler autant pour y arriver.  

« Pourquoi changer quelque chose ? »

Vous n'avez pas envie que les choses soient bousculées apparemment?
Si j'ai réussi à être championne du monde comme ça, pourquoi changer quelque chose qui marche ? Je n'ai pas envie que mon nouveau statut soit étalé tous les jours et que ça change ma vie.  

A Bercy, ce week-end, pour le Tournoi de Paris, vous allez évoluer pour la première fois en tant que championne du monde devant le public français. Cela met-il une pression supplémentaire sur vos épaules ?
C'est plutôt les autres qui me la mettent ! L'année dernière déjà, il y avait ma famille, mes amis et j'ai essayé de faire abstraction de tout ça. J'imagine que cette année, en arrivant comme championne du monde en titre, l'attente sera encore plus importante. Je n'ai pas envie de décevoir le public mais on verra bien comment je réagirai.  

Et vis-à-vis des adversaires, n'allez-vous pas être plus que jamais attendue ?
Oui, c'est sûr. Je fais partie des filles à battre et je sais que pas mal ont travaillé sur mon judo. C'est normal. Mais ça ne me regarde pas, je veux rester concentrée sur moi, sur mon judo et pas sur ce que les autres veulent faire. Il y a trop de filles pour que je me concentre sur chacune d'elles et je n'ai pas envie de me disperser.  

Vos adversaires ont sûrement décortiqué votre judo. Avez-vous changé certaines choses pour créer la surprise ?
Je pense qu'il faut rester sur mes acquis puisque ce sont mes techniques les plus puissantes. Avant les Mondiaux j'avais commencé certains travaux, alors nous les avons bien sûr continués sinon ça n'aurait pas fait plaisir à mes entraîneurs ! Il y a des choses nouvelles qui passent mieux aujourd'hui mais ça n'a rien d'une tactique. C'est une évolution logique dans mon judo. Je n'ai que 22 ans.  

Pourquoi ne pas avoir participé aux Championnats de France en janvier dernier ?
On avait, une semaine plus tard, un Masters en Corée, une compétition assez importante qui réunit les quinze meilleurs de la « ranking list » (Ndlr : équivalent du classement WTA ou ATP en tennis) de chaque catégorie. Pour les athlètes français sélectionnés, c'était donc compliqué.  

« Beaucoup de sollicitations après les Mondiaux »

Lucie Décosse, Gévrise Emane ou encore Fred Jossinet sont des judokates expérimentées. Vous ont-elles donné des conseils particuliers après votre titre mondial ?
Forcément. Il y a des choses après ce genre de titres qui sont nouvelles et parfois difficiles à gérer. Je n'hésite donc pas à demander des conseils aux filles. Il y a des choses qu'on est loin d?imaginer donc c'est bien de pouvoir s'appuyer sur des personnes qui savent de quoi on parle.  

Par exemple ?
Après les Championnats du Monde, tout est allé à cent à l'heure. Plein de choses sont arrivées d'un coup. J'ai eu énormément de sollicitations sur cette période. Les filles m'ont aidée à gérer tout ça. J'ai par exemple beaucoup maigri : je courrais dans tous les sens et je ne prenais même pas le temps de manger ! (Rires)  

Fred Jossinet a dû craindre de vous voir débarquer dans sa catégorie?
(Rires) Non, pas vraiment. Il aurait fallu que je perde 12 kilos, il ne faut pas exagérer ! Qu'elle se rassure, je suis très bien dans ma catégorie et ce n'est pas du tout dans mes projets !  

Pourquoi les judokas français apprécient autant ce Tournoi de Paris ?
C'est une compétition importante parce que cela fait partie des quatre Grands Chelems de la saison. Pour moi c'est aussi le plus grand tournoi de judo au monde. Il y a du spectacle, du public. Ce n'est pas tous les jours qu'on remplit une salle comme Bercy pour du judo. C'est là que les supporters français voient vraiment les judokas de leur pays. C'est impressionnant. Même les étrangers ont hâte de faire ce tournoi parce que c'est un évènement hors du commun.  

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