Arron : « Quelque chose à faire » Arron : « Quelque chose à faire »

Inlassable, Christine Arron reprend tout juste l'entraînement après sa blessure à la hanche. A 36 ans et malgré les critiques, elle est persuadée d'avoir encore quelque chose à faire dans sa discipline. Rencontre.

Aujourd'hui, elle reprend enfin l'entraînement. Pas encore sur piste mais avec une séance à la piscine. La fin d'un long calvaire marqué par pas mal de blessures dont cette fracture de fatigue à la hanche qui l'a stoppée tout l'été. Le début aussi d'une nouvelle saison qu'elle est prête à entamer du haut de ses 36 ans. Car si beaucoup ont déjà mis la double médaillée de bronze des Mondiaux 2005 à la retraite, Christine Arron, elle, a bien l'intention de poursuivre. Pour combien de temps elle ne le sait pas. Mais pour faire quelque chose aux prochains championnats d'Europe, c'est certain.  

Christine, comment avez-vous vécu cette dernière saison éprouvante ?
Si j'avais pu courir cet été, ça m'aurait changé la vie? Je n'ai qu'une hâte : pouvoir bien recourir. Cette année, j'ai fait trois courses en tout et pour tout. C'est toute une ambiance qui me manque. Ca a été une période chiante et difficile.  

Comment avez-vous vécu les Mondiaux de Berlin devant la télé ?
Pas tant que ça parce que je savais depuis longtemps que je n'irais pas (Ndlr elle était blessée à un mollet au printemps). Ce n'est pas comme si je m'étais blessée quelques semaines avant les Mondiaux. J'étais prête psychologiquement à les regarder à la télé. Même si j'avais réussi les minimas, je pense que je n'y serais pas allée.  

Alors qu'est ce qui vous pousse à continuer à 36 ans et après cette saison galère ?
Je me dis qu'il ne me reste que très peu de temps et que si je dois encore courir, c'est maintenant. Je ne veux pas avoir de regrets. Parfois, je me le dis « Pourquoi tu continues ? Pourquoi tu aimes cette galère ? Tu ferais mieux de tout arrêter. »  

« J'en prends plein la figure »

Alors quelle est cette petite flamme qui vous dit de continuer ?
J'ai encore quelque chose à faire. Mon meilleur temps cette saison n'est pas bon, je le sais, mais je sais aussi dans quelles conditions je l'ai réalisé. Quelque part, il y a de l'espoir pour retrouver un très bon niveau. Alors j'essaie. Même si c'est difficile et que j'en prends plein la figure?  

A quel niveau ?
Les gens ne manquent pas l'occasion de vous saper le moral? (Elle se tait)  

Pourtant vous êtes moins sollicitée médiatiquement que par le passé?
Je suis moins sollicitée mais je dois faire face à beaucoup d'attaques. Ca me donne de moins en moins envie de parler aux journalistes. Beaucoup ne sont plus dans l'analyse de la performance, ne remettent pas les choses dans leur contexte et se contentent de me descendre. Quand vous voyez qu'à chaque fois on parle de vous, c'est pour vous massacrer, c'est difficile à vivre.  

Vous semblez plus méfiante?
Avant, c'était plus facile. Quand on est en haut, on est très sollicité mais on parle de vous en bien. Aujourd'hui, je dois faire face à beaucoup de méchanceté.  

« Une compétitrice dans l'âme »

Mais ça n'entame pas votre envie?
Quand on a fait des choix, on va jusqu'au bout. Je reste une compétitrice dans l'âme ! Sinon je ne ferais pas tout ça. Si ça marche, tant mieux pour moi mais sinon, je n'ose pas imaginer ce que je vais prendre dans la figure. (Rires)  

Finalement, que l'on prenne sa retraite à 22 ans comme Manaudou ou que l'on ne la prenne pas à 36 ans, cela revient au même dans la tête des gens?
C'est vrai que quoi que l'on fasse, on est l'objet de critiques. Chacun à son histoire. Je comprends Manaudou. Moi, le sport n'a pas étouffé ma jeunesse. Jusqu'à 19 ans, ça n'a jamais été une contrainte.  

« Objectif Barcelone 2010 »

Concrètement, quel est votre objectif à court terme?
Je vais me préparer pour les championnats d'Europe de Barcelone. C'est une compet que je n'ai pas eu l'occasion de beaucoup disputer. J'ai gagné les premiers en 1998 (Ndlr à Budapest avec un 100m en 10''73, record d'Europe actuel). En 2002, j'ai eu mon fils et en 2006, j'étais blessée. C'est donc un beau défi. Un vrai objectif. Après, la suite, je n'en sais rien.  

Le niveau mondial vous semble-t-il trop élevé ?
Les filles courent hyper vite. Cet été, il y a un truc qui s'est passé. 10''64 c'est carrément un autre monde (Ndlr : deuxième chrono de tous les temps décroché par Carmelita Jeter à Shanghai). Au niveau européen, le niveau est beaucoup moins élevé.  

Avez-vous peur du moment où vous allez décider d'arrêter ?
Je sais que ca va arriver. Je me le dis déjà parce que je sais que ce ne sera pas dans longtemps. Il faut que je prépare ma reconversion pour occuper mes journées. Mais il sera très difficile de retrouver ces sensations ailleurs. On n'a pas trop le choix. J'envie les chanteurs et acteurs qui peuvent continuer toute leur vie ! Pour les sportifs de haut niveau, ça n'est pas possible !  

A moins de s'appeler Jeannie Longo?
Je lui tire mon chapeau. Si je pouvais courir jusqu'à 45 ans, peut être que je le ferais mais je veux d'autres enfants. C'est la seule chose qui me forcera à arrêter car l'horloge biologique tourne. Et si j'ai continué aussi longtemps, c'est aussi parce que j'ai eu un enfant entre temps. Ca aurait été difficile de poursuivre l'aventure si je n'avais pas connu ce bonheur d'avoir été maman.  

Crédit photo : Damart Sport  

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Auteur :
Mélanie PONTET
Ecrit le :
mardi 29 septembre 09 à 15h44

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